L’Histoire des trois Adolf

3 Adolf

Auteur : Osamu Tezuka

Année de première publication au Japon : 1985

Date de sortie en France : entre juillet 1998 et juillet 1999

Nombre de tomes : 4

Éditeur japonais : Bungeishunjū

Éditeur français : Tonkam

Synopsis :

1936. Sohei Togue, journaliste japonais qui couvre les Jeux Olympiques de Berlin, retrouve le cadavre de son frère dans l’appartement que ce dernier louait dans la capitale allemande. Le temps d’appeler les secours, le corps a disparu. Sohei se retrouve mêlé dans une affaire qui le dépasse, mêlant la police secrète Allemande et des documents confidentiels que son frère aurait eu en sa possession et qui pourraient causer un grand tort au parti nazi…

Mon avis :

Cela faisait des années que mon ami Cédric m’en parlait. Il en parlait tout le temps. Il ne parlait que de cela, d’ailleurs (« à tire-larigot », comme il dit). L’Histoire des trois Adolf par-ci, l‘Histoire des trois Adolf par-là. Au bout d’un moment, il fallait bien que je m’y intéresse. Surtout que j’apprécie beaucoup l’œuvre de Tezuka (pour le peu que je connais). Black Jack a été le deuxième ou le troisième manga que j’ai lu, j’avais douze ans. Il était alors normal que je m’oriente vers ce manga, considéré comme l’une des meilleures œuvres de la plus grande figure du manga. Cependant, une fois ma curiosité piquée, une nouvelle étape se présentait devant moi. Un mur, plutôt. Comment acquérir ces quatre volumes épuisés, dont les prix sur le marché de l’occasion sont exagérés ? À vrai dire, je ne me posais pas la question. J’ai toujours été comme ça. Je ne me suis jamais pris la tête pour un volume ou une série rare, il y a tellement d’œuvres existantes que l’on peut toujours trouver son bonheur sans forcément lorgner vers les séries mal éditées. Jusqu’à il y a deux mois…

 Il y a deux mois, je trouve par hasard le tome 1 de l’Histoire des trois Adolf dans l’une de mes librairies préférées, pour un prix très acceptable. Je le saisis donc, sans la moindre hésitation. Quelques jours plus tard, j’entame ma lecture. Et le choc arrive. Je connaissais déjà le thème du manga, le titre ne laissant pas place au doute, mais sans plus de détails. Je me retrouve face à l’œuvre d’un auteur qui a atteint sa maturité. Les dessins restent dans le style classique de Tezuka, avec une justesse dans le trait, un réalisme dans son graphisme comique que je ne lui connaissais pas (je le répète, je suis loin de tout connaître de son œuvre). Le scénario est complexe et simple à la fois. L’auteur a tellement pensé son histoire qu’il a réussi à la rendre facile à suivre. Cette dernière est très prenante. Elle m’a fait réagir, je l’ai vécue, j’ai vécu avec les personnages. Et l’intrigue contient tout ce qu’il faut pour me plaire : des mystères, des complots, et les méchants sont… les nazis ! Et là, le volume terminé, j’ai envie de lire la suite. Sauf que, problème, la suite est difficilement trouvable à prix abordable ! Quelques jours plus tard, totalement par hasard (je rentrais à pieds du boulot par un chemin que je n’avais encore jamais pris), je tombe sur une librairie qui vend le tome 4, presque gratuitement. Je jubile, mais ma joie est de courte durée. C’est bien beau d’avoir le dernier volume, mais ce n’est pas grâce à cela que je vais pouvoir avancer dans ma lecture. Puis, finalement, il y a deux semaines, je trouve les tomes 2 et 3 dans une autre de mes librairies préférées (peut-être la plus préférée de toutes). Un peu plus cher, soit, mais la série est complète. Et c’est parti pour l’un des mangas les plus importants du XXème siècle !

Les jaquettes des tomes 2, 3 et 4

Les jaquettes des tomes 2, 3 et 4

Revenons à l’œuvre en elle-même. Un manga, un complot, l’Allemagne… Ces trois éléments associés me font penser à quelque chose… Mais à quoi ? Ah oui, Naoki Urasawa. C’est en lisant l’Histoire des trois Adolf que j’ai compris à quel point Tezuka avait marqué l’œuvre de l’auteur de 20th Century Boys. Et comme j’adore les intrigues complexes des mangas d’Urasawa, je ne pouvais qu’adorer l’Histoire des trois Adolf ! Le scénario est composé de deux intrigues principales qui se frôlent plusieurs fois avant de se rejoindre à la fin, ce qui provoquera un choc violent, malheureusement renforcé par les aléas de l’Histoire avec un grand H. Nous avons d’un côté Sohei Togue, un journaliste japonais qui fait l’acquisition de documents top secrets ayant appartenu à son frère qui s’est fait assassiner par la Gestapo. Il devra alors protéger ces documents au péril de sa vie, et cela malgré les envoyés de la police secrète Allemande au Japon et la collaboration (dans le sens négatif du terme) de la police japonaise. De l’autre côté, nous avons les deux copains Adolf Kamil et Adolf Kaufmann, le premier est un juif allemand né au Japon et le second est le fils d’un haut dignitaire allemand et d’une japonaise, qui seront séparés lors du départ du second vers l’Allemagne pour intégrer une école nazie. Ces deux intrigues paraissent a priori indépendantes, mais certaines interactions les font s’entremêler de plus en plus au fil de l’histoire.

Adolf Kaufmann

Adolf Kaufmann

Que penser de la vision de Tezuka à propos de cette période tragique et complexe de l’Histoire ? Je trouve que son regard est juste, il essaie d’être le plus objectif possible, c’est-à-dire ne pas céder à la facilité avec le gros méchant d’un côté et les victimes de l’autre. S’il ne discute pas du statut de victime du peuple opprimé, il explore les coulisses de l’Allemagne nazie pour tenter de comprendre pourquoi et comment de telles choses ont été possibles, sans toutefois en retirer la cruauté. Comme l’auteur est japonais, il est normal qu’il mette son pays au cœur de l’histoire. Le personnage principal (finalement le seul personnage bon) est japonais, mais on ne va pas le reprocher à Tezuka. Il est tout à fait normal qu’il garde un point de repère auquel lui et ses lecteurs peuvent s’identifier. De plus, le Japon a joué un rôle non négligeable dans la Seconde Guerre Mondiale, on le sait, mais à moins de s’être intéressé au sujet, nous, Occidentaux, ne connaissons que Pearl Harbor, Nagasaki et Hiroshima. Cette œuvre nous permet d’en apprendre plus sur cette période.

Sohei Togue

Sohei Togue

Pour ce qui est de l’édition Tonkam, c’est du papier Tonkam d’époque, avec une reliure qui gêne la lecture de certaines parties de pages. L’édition que je possède se situe entre le tankōbon et le bunko. Le sens de lecture original n’est pas conservé, les volumes se lisent de gauche à droite. Et pour tout dire, cela ne m’a pas gêné tant que ça. Comme de toute façon j’étais pris par la lecture, je n’ai pas eu le temps de m’arrêter sur des éléments aussi futiles.

Il s’agit d’un excellent manga, qui ne fait que quatre tomes, mais des bons gros tomes de trois cents pages. S’ils n’étaient pas aussi difficiles à trouver, je n’aurais eu qu’une chose à dire : foncez les yeux fermés !

2 Commentaires

  1. Bob Bob
    10 juin 2015    

    tu aurais pu dire « foncez la bourse pleine » !

  2. Gam Gam
    3 décembre 2015    

    Bonjour,

    si un jour vous vendez le tome 4 je l’achète 😉
    j’ai les 3 premiers et vu le prix demandé par les vendeurs qui veulent juste faire du fric…
    Du coup bloqué au 3ème :'(

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